26 oct. 2026 · 7 min de lecture
Le Twenty Eight, le bar de Lafayette qui joue tous les soirs
Rue de Cologne, un bar d'hôtel programme du jazz le lundi, de l'oud le mardi, du rock le mercredi et des DJ le week-end. Visite du 28, le nouveau point de chute musical de Tunis.
Un lundi soir à Tunis, la rue de Cologne ne promet rien. On est à Lafayette, au nord de l'avenue Habib Bourguiba, dans le quartier de la radio nationale et de la grande synagogue de 1937, à l'ombre du Paquebot, cet immeuble en proue qui tient tout un îlot entre la rue de Cologne, la rue du Koweït et l'avenue de la Liberté. Les rideaux sont baissés, les taxis passent sans ralentir. Au numéro 28, une enseigne bleue reste allumée : 28 | Le Twenty Eight Lafayette, et dessous, en petit, By l'étage. Derrière la porte, une contrebasse est en train de s'accorder.

Un mur de disques, une estrade, et c'est tout
La salle tient dans un regard. Murs rouges, plafond noir laissé apparent avec ses gaines et un pavillon de haut-parleur suspendu au milieu, un néon rouge qui court le long de la poutre, une applique en laiton sur le côté. Au fond, l'enseigne bleue du 28 est accrochée au-dessus d'un mur de disques : des pochettes posées de face dans des niches éclairées, Ace of Base deux rayons sous les Rolling Stones, une compilation disco, du reggae, du vieux funk, rangés là comme chez quelqu'un et pas comme un décor de bar.
Dessous, l'estrade. Basse, moquettée, large de trois pas, et déjà habillée : un piano numérique sur son stand, une basse sur pied, une Stratocaster blanche, un ampli Marshall, deux retours posés par terre, des micros sur perche, une batterie Premier couleur champagne avec sa ride et sa crash. Rien n'est rangé entre deux concerts, parce qu'il y a un concert tous les soirs. Pas de fosse, pas de barrière, pas de backstage : le premier rang, c'est le bord de la moquette.
Google classe l'endroit sobrement, Bar, six avis au compteur, 3,7 de moyenne : la fiche a l'âge du lieu. L'un de ces avis tient en une ligne et dit à peu près tout ce qu'il y a à dire pour l'instant, le personnel est aimable, l'ambiance et la musique sont bonnes.

Le lundi, un professeur de jazz joue dans un bar d'hôtel
Le lundi s'appelle Social Groove Company. Au piano, Omar El Ouaer. Le nom ne dit peut-être rien à la table du fond, il dit beaucoup au reste de la salle : entré au conservatoire à onze ans par la musique arabe, diplômé de l'Institut supérieur de musique de Tunis où il enseigne aujourd'hui le piano jazz, passé par les scènes de Carthage et de Hammamet, deux albums sous son nom, un quartet baptisé Another Perspective et un autre, Amber, où il assume ses accents rock. La semaine même où il joue ici, il met en ligne une intro de piano solo enregistrée en session radio en Slovénie et annonce trois jours de masterclass dans un conservatoire de Tunis. Entre les deux, le lundi soir, il est au 28, sur une estrade basse, dos au mur de disques.
Avec lui, Ala Bejaoui à la contrebasse, que l'on retrouve le vendredi suivant dans le Jazz Standard Trio de Fawzi Chekili, et Marwen Ouni à la batterie. Le trio tourne, change, invite : l'édition du 12 octobre réunissait Nader Bargui, Marwen Ouni et Ala Bejaoui, avec des invités annoncés et quelques autres qui arrivent leur instrument à la main. Le mot d'ordre tient en une phrase que la maison répète elle-même : pas de playlist, juste du live et de l'impro.

Mardi : des mots, puis des maqams
Le mardi est coupé en deux, et c'est la meilleure idée de la semaine. De 19h à 22h, Salade Verbale, سلاطة كلام : Wissal Labidi lit de la poésie, Ahmed Agili l'accompagne au piano, puis le micro passe à la salle. Un texte, du slam, une chanson, de l'humour, une improvisation. Personne ne vérifie votre niveau à l'entrée.
Quand le micro se tait, les instruments prennent la suite avec Makaam Jam, écrite aussi Maqam Jam selon les semaines, la jam où c'est le répertoire arabe qui mène. Le 27 octobre, Haythem Hadhiri au chant et à l'oud, Mokhles Laouinti aux percussions, Taïeb Farhat à la basse, Ilyes Blagui au clavier. Quinze jours plus tôt, c'étaient Mohamed Aidi, Hsin Ben Miloud et Riadh Bedoui. La formation change, le principe tient : une mélodie que tout le monde connaît, un rythme qui s'installe, et la salle qui reprend sans qu'on le lui demande.

Mercredi, le volume monte
Le mercredi porte un nom qui ne s'écrit qu'en consonnes, HRDZ, et il est bruyant. Un groupe branché fort, un DJ derrière : Alive Band et BoomJ le 14 comme le 28 octobre, basse à cinq cordes, guitare blanche, un chanteur qui n'a pas besoin du retour pour couvrir la salle. Le 13 octobre, le groupe jouait déjà ici avec Amen Ben Mlouka. Sur leur compte, la story du soir tient en quatre mots : on se voit au 28.

Le 28 octobre, la soirée est doublée du moiniverssaire de la maison, offre sur les shots et les bières à l'appui : quand on s'appelle 28, le 28 de chaque mois est un anniversaire, et il y en a douze par an.
Le jeudi et le dimanche, le ton redescend d'un cran avec Entre Potes, un groupe et des platines, sans programme plus compliqué que son titre : le jeudi 29, Sofien Ayech en trio et Za'dude aux platines ; le dimanche 1er novembre, Knox et Bouzguine, all night long.

Le week-end appartient aux autres
La maison tient la semaine et laisse le vendredi et le samedi aux collectifs qui frappent à la porte. C'est là que le 28 cesse d'être un bar à musiciens pour devenir une adresse de la nuit tunisoise. Le 15 octobre, Groove Dealerz y posait Rawnoize et Lunarhaze ; le 17, Lafayette Vibes y faisait jouer Lil Jack ; le 24, Mariem Benedetto y chantait Édith Piaf en costume, accompagnée au piano par Ilyes Blagui, et la Môme passait très bien entre deux murs de bar.
Le vendredi 30 octobre, c'est Uptown qui s'installe, avec Hamdi Ryder, Lil Jack et Space 909 en live, de 20h à 2h. La série est celle de Downtown Vibes World, le collectif house qui se présente comme la première association tunisienne de développement de la scène électronique, et elle a toujours eu un faible pour les bars d'hôtel : The Grand Return au Laico en juillet 2024, l'Hôtel El Bahy en septembre, le Bellini City de l'Hôtel El Mechtel pour Uptown OFF en janvier 2025, puis au printemps suivant. Tunis a cette habitude ancienne, du Bar Jamaica perché au dixième étage de l'El Hana à l'Atom Bar de l'Ibn Khaldoun : la nuit se fait volontiers là où il y a une licence et un ascenseur. Tunez Magazine annonce une jauge limitée, une entrée par guest list, 20 DT en prévente, 30 DT sur place, à partir de 21 ans.
Le lendemain, samedi 31, la maison reprend le micro pour Bal3aween, sa nuit d'Halloween, DJ Flamme et invités.

Y aller
28 rue de Cologne, Tunis 1002, côté Bab El Bhar, à quelques minutes à pied de l'avenue Habib Bourguiba. Le programme de la semaine, les line-ups et les horaires sont publiés sur Instagram ; les dates ouvertes à la réservation sont sur leur page Tunis Events. Les soirées de la maison commencent en début de soirée et sont annoncées sans tarif ; seules les nuits invitées du week-end affichent un prix.
Un conseil quand même : venez tôt. Le premier rang, c'est le bord de la moquette, et il n'y en a pas des kilomètres.
Photos : la scène, Tunis Events ; les soirées, © Hamza Bennour et Ahmed Amine Zarrouki / Lafayette 2026.
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